Le Peigne en Écaille

Le Peigne En EcailleRoman

Preface de Joseph Joffo

Editions Archipel

«Parler est digne. Parler est humain. Dire est indispensable. Et la vigilance est un devoir. Ce beau livre, émouvant et fort, en atteste.»
Joseph Joffo

—Vous n’auriez pas vu mon mari?
Personne chez l’épicier de la rue des Écouffes. Personne à la pharmacie, au café de la rue des Rosiers. Personne au métro Saint-Paul, dans la rue Saint-Antoine, jusqu’à Bastille. À10 heures du soir, ce vendredi de mai 1941, Victor Crespi devrait pourtant être rentré. Sa femme, sa fille Élise et son fils Simon, onze ans, sont inquiets.
La nouvelle tombe le lendemain: Victor Crespi a été arrêté par la police française, alors qu’il rentrait du travail. Le mot «juif» était inscrit au tampon rouge sur sa carte d’identité. Ce qui a suffi à rendre coupable cet innocent. Et à l’expédier dans un camp du Loiret.
Pour Simon et les siens commence une longue errance, parsemée d’autres rafles, d’autres larmes, d’autres crimes. Protégé puis trahi, Simon va découvrir la peur, l’abandon, la culpabilité, mais aussi l’amour et le courage. De caches en fuites, il ne lui restera bientôt que le peigne en écaille de sa mère pour s’accrocher à la vie…

«Il m’a fallu de nombreuses années avant que je reconnaisse que j’étais un survivant de la Shoah», dit Jean-Pierre Angel, né à Paris en 1938. Ce roman, mûri depuis trente ans, s’appuie sur son expérience personnelle. C’est aussi un ouvrage de fiction, porté par la force de témoignages recueillis au cours d’années de recherche. Jean-Pierre Angel a contribué à la création de la Fédération des enfants juifs survivants, qui favorise les échanges et les témoignages de ses adhérents. Il vit entre Paris et Boston


Le Peigne en Écaille »
Sera chroniqué par la journaliste littéraire Sophia Morgane
dans l’émission quotidienne
C'EST MIEUX LE MATIN 
présentée par Eric Jean Jean
sur FRANCE 3 de 10h25 à 11h30

LE VENDREDI 30 JANVIER 2009

C'EST MIEUX LE MATIN 

Mag - Société 

Date : 30/01/2009
Horaire : 10H20 - 11H05
Durée : 45 mn

Ce rendez-vous quotidien conjugue proximité, convivialité et interactivité à travers un concept unique décliné dans douze régions. Sur chaque plateau, un animateur, entouré d'une équipe de chroniqueurs et d'un invité fil rouge, aborde des sujets variés ayant trait à la consommation, à l'éducation, la santé, la forme ou encore la décoration, les spectacles et les initiatives locales.

 

LICRA
Fédération de Paris
42 rue du Louvre
75001 – PARIS

Monsieur Jean-Pierre Angel
Éditions de 1'Archipel
34, rue des Bourdonnais
75001 PARIS

Cher Monsieur,

La Fédération de Paris de la LICRA organise le deuxième salon du livre

de « L'antiracisme et de la diversité», le dimanche 5 avril 2009 de 14h a 19 h, a la Mairie du 6eme arrondissement de Paris, 78 rue Bonaparte.

Notre association souhaite, par cette initiative, démontrer la contribution essentielle apportée par la littérature, 1'histoire et la sociologie à la lutte contre le racisme et mettre en lumière la richesse culturelle et intellectuelle transmise par la diversité actuelle de notre pays.

Nous serions ainsi honorés de vous compter à cette occasion parmi les signataires, votre livre «Le peigne en écaille» ayant retenu toute notre attention.

Vous remerciant par avance de l’intérêt porte à cette manifestation et dans
1'attente d'une réponse de votre part, je vous prie de croire, Cher Monsieur, a
1'assurance de mes sentiments les meilleurs.

UNGER

Président

Ma réponse:

Je ne manquerai pas de participer à cet événement


Interview à la radio RCJ de Jean-Pierre Angel par Jean-Claude Berline, le 4 novembre 2008

…Ce qui rend intéressant et captivant le Peigne en Ecaille, ce roman de Jean-Pierre Angel, préfacé par Joseph Joffo, c’est qu’il sonne vrai et qu’il est basé sur des expériences vraies. Une des forces de cet ouvrage est que l’auteur a su intégrer tout ce savoir épars que nous avons sur ce conflit, le rationnement, l’occupation, et le rendre absolument quotidien et parfaitement compréhensible, même par des très jeunes qui n’ont pas vécu cela…

Jean-Claude Berline

Jean-Claude Berline: Amis de Postface Bonjour, c’est Jean-Claude Berline qui a le plaisir d’être avec vous et de recevoir un écrivain assez extraordinaire.

Le souvenir de la guerre n’a jamais été loin de moi. Il a pourtant fallut de nombreuses années avant que je réalise que je reconnaisse que j’étais moi-même un survivant de la Shoah. Jean-Pierre Angel, bonjour,

Jean-Pierre Angel: Bonjour

JCB: Vous êtes l’auteur de ces lignes qui viennent à la fin de votre ouvrage qui s’appelle Le Peigne en Écaille et que viennent de publier les éditions de l’Archipel. Cet ouvrage est préfacé par Joseph Joffo, ce n’est pas rien non plus. J’aimerais que vous expliquiez ces lignes que je viens de lire à nos auditeurs

JPA: Mon histoire pendant la guerre est relativement banale. J’ai passé la guerre avec mes parents et nous nous en sommes sorti. Mais j’ai été très marqué quand même, parce que j’avais le sentiment que nous étions différents des autres. Et surtout, je lisais l’angoisse dans les yeux de mes parents

JCB: Vos parents étaient des juifs de Turquie n’est-ce-pas ?

JPA: Mon père était né en France mais d’une famille venue de Turquie. Ma mère est venue directement de Turquie.

JCB: Votre grand-mère était également de Turquie.

JPA: Ma grand-mère maternelle, oui.

JCB: Et quand vous dites que votre expérience a été relativement banale, vous voulez dire que vous avez survécu.

JPA: Je veux dire que nous avons survécu alors que j’ai eu l’occasion de recueillir de nombreux témoignages absolument déchirants. Lorsqu’en 1985 quelqu’un m’a dit: Mais toi aussi tu es un survivant ! J’y ai réfléchi pour la première fois et j’en suis venu à la conclusion que j’étais en effet un survivant et j’ai peu de temps après rejoins– j’habite Boston aux Etats Unis – un groupe de huit survivants qui pour la plupart avaient survécu en Europe et particulièrement en France. Nous discutions de nos expériences respectives et ce groupe est rapidement devenu 25, 30 survivants. Un jour quelqu’un a appris qu’un groupe identique au notre s’était formé à Philadelphie, un autre à Washington. Et nous avons pensé, pourquoi ne pas nous réunir et échanger nos idées. Nous étions 18 venus de ces trois villes et nous nous sommes rencontrés dans la petite ville de Lancaster, en Pennsylvanie. Plus tard, on nous a appelés The Lancaster 18. Nous avons pensé, au cours de cette rencontre: Pourquoi ne pas organiser une réunion annuelle, et nous l’avons fait. Plus de 100 personnes de ces trois villes et d’ailleurs sont venus à notre première réunion.

JCB: 100 personnes !

JPA: Oui, 100 personnes. Finalement, nous nous sommes rendu compte que des groupes identiques aux nôtres s’étaient également formés à Houston au Texas, à Chicago, à Los Angeles, à San Francisco. Cela faisait 40 ans que la guerre était finie.

JCB: Donc il ya 20 ans.

JPA: C’est exacte. Mais ces 40 ans me mettent en mémoire les 40 ans des Hébreux passés dans le désert. Parce que, après la guerre, les gens ne parlaient pas de leur expérience.

JCB: C’est d’ailleurs extraordinaire. J’ai eu l’impression en vous lisant que vous aviez très intelligemment recueilli des bribes, des morceaux d’expériences pour rendre ce roman, j’allais presque dire ce récit tellement il sonne vrai – parce qu’il est basé sur des expériences vraies – ce qui le rend intéressant et captivant, même si on croit déjà tout savoir. Évidemment, l’incarnation du bien, de la résistance au mal par ce personnage sur lequel nous reviendrons tout à l’heure, permet au lecteur de se rendre compte, à la fois de l’horreur bien sûr, mais aussi du traumatise de ceux que vous appelez les survivants. Je trouve que la dimension tout à fait unique de cet ouvrage, ce n’est pas le devoir de mémoire, mais comme le dit Joffo qui vous préface, c’est la dignité de dire et d’écrire.

Vous dites, vous décrivez, vous prêchez contre l’oubli, mais à travers l’action. C'est-à-dire qu’en fait vous avez choisi le roman, et je crois que ça c’est votre force et que cette association dont vous parlez, non seulement elle est vivante, elle est indispensable, mais je crois que vous m’avez dit hors antenne tout à l’heure qu’elle allait se réunir bientôt, n’est-ce pas ?

JPA: C’est exacte, la réunion annuelle sera à Washington le week-end prochain, le 8 et 9 novembre.

JCB: Vous allez donc retourner aux États Unis

JPA: Non, je ne pourrai pas y assister cette année puisque je suis à Paris.

JCB: Mais vous avez tellement fait pour fédérer cette association. Les 18 de Lancaster ! Je trouve que c’est là un titre à la Alexandre Dumas. On verra d’ailleurs qu’Alexandre Dumas existe dans votre livre puisque le personnage principal va y retrouver du secours moral quand il sera tout seul et qu’il le lira.

JPA: Je voudrais expliquer que j’ai choisi le roman parce que je trouve mon expérience relativement simple et banale comparée aux autres, et j’ai pensé qu’il fallait que ces expériences se sachent. Le roman m’a donné la possibilité de les réunir en une seule histoire qui se suit et raconte les cinq années de guerre.

JCB: En effet, parce que, finalement, vous suivez d’une façon parfaitement exacte du point de vue historique la chronologie d’ailleurs extrêmement simple.

Au fond, vous nous faites plonger dans l’univers de gens qui ont choisis, la France, comme beaucoup de juifs étrangers en pensant que…

JPA: Le pays des droits de l’homme

JCB: Voila, heureux comme Dieu en France comme on disait dans l’Europe de l’Est. Donc le père, comme beaucoup d’autres pères, non seulement il vient en France plutôt que d’aller en Argentine ou en Amérique comme on le lui propose, mais il choisit la France avec un amour extraordinaire. Il va même s’engager à la déclaration de la guerre

JPA: Oui, dans la Légion Étrangère, parce que, comme il dit a sa femme, si nous voulons devenir français, nous devons agir comme les français

JCB: Ensuite, le Ladino. On parle un tout petit peu Ladino à la maison mais on écrit en français, on s’exprime en français. C’est un peu comme dans les familles de l’Europe de l’est ou on proscrivait le Yiddish quelle que soit la force des accents qui demeuraient. Cette francisation est volontaire et vous savez admirablement rendre ce patriotisme des émigrés en montrant, de façon assez extraordinaire la vie quotidienne à Paris durant cette période. Vous allez d’abord montrer la coexistence de ces deux mondes à la fois différents et semblables que sont le monde Sépharade et le monde Ashkénaze. Lorsque le père que vous appelez Victor arrive à Paris, il a appris à être tailleur, d’abord il balayait, puis tout doucement il est devenu monteur, vous montrez cet apprentissage. Il a appris le métier.

Et puis la façon dont il rencontre sa femme, c’est absolument merveilleux. Vous décrivez en particulier la rencontre avec…

JPA: Il se rend à la synagogue le samedi pour se replonger dans le monde des juifs de Turquie.

JCB: À Saint Lazare.

JPA: À Saint Lazare, et là une marieuse l’aperçoit de loin et l’approche.

JCB: Ah, c’est délicieux comme vous racontez ça. Elle sort son petit carnet: Tu cherches…

JPA: Oui, oui, elle le questionne, il l’écoute avec un petit sourire, il ne la prend pas au sérieux. Et finalement c’est lui qui un jour l’approchera et lui dira: Il y a une jeune fille qui m’intéresse.

JCB: Et alors, vous savez parfaitement tisser en toile de fond, le kidouche, les repas de Chabhat, toute cette douceur. Vous parlez même à un moment d’un chapelet oriental que l’on aime égrener en orient, tout est fait par petites touches pour que l’on sente par tous ses sens cet univers. Et puis, ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que ce tailleur, il va se battre, il va s’établir à son compte rue des Écouffes. Puis les enfants vont naître, Simon, le héro du roman, sa sœur Élise, et brusquement ils vont être confronté en se rendant à l’école – avant même que la grande tourmente, que la destruction ne se déchaîne, ils vont se trouver affrontés à l’antisémitisme. Vous avez une anecdote là-dessus, à Pâques

JPA: Élise se rend à l’école. C’est au moment de Pessah et sa mère lui a préparé un goûter qu’elle emporte. Une copine s’approche et lui dit: Oh, ça a l’air bon ce que tu manges. Qu’est-ce que c’est ? Élise répond: C’est de la Matsa. Tu en veux ? Ah non alors, c’est fait avec du sang de bébés catholiques !

JCB: C’est vraiment l’affaire Belize qu’on retrouve, atrocement enracinée. Et puis vous montrez qu’il y a quand même d’autres minorités qui vivent dans le Pletzel, dans la petite place.

JPA: Oui, il y a des grecs, des arméniens, et Simon Crespi, le héro de mon livre est très ami avec un jeune arménien. Ils partagent des choses en commun.

JCB: Et cela m’a touché aux larmes, justement, cette amitié à un moment entre Simon et le petit Papazian. Les parents faisaient les mêmes métiers, beaucoup de ces immigrants avaient appris le Yiddish, Ils savaient parler de shmates et de tout le reste. Et c’était là un formidable creuset parce qu’on s’était magnifiquement rapprochés grâce à cette connivence.

Et puis, vous savez aussi être très gai, très amusant, vous citez même des chanteurs de cette époque.

JPA: Oui, Tino Rossi, Charles Trenet. La famille de Simon avait, pour la première fois une radio à la maison.

JCB: Ah ! Et puis vous décrivez la radio, on a l’impression d’y être ! Ce gros monstre avec son œil vert, les boutons, vous savez admirablement raconter tout ça, et puis vous parlez aussi de la privation de nourriture. Je vous lis:

L'administration a beau distribuer des cartes de rationnement sans lesquelles il serait illusoire de se procurer à manger, l'approvisionnement des familles demeure aléatoire. Une chose est de posséder des coupons - "500 grammes de sucre -  une autre est de savoir où se procurer le sucre. Et une fois ce problème résolu, la ménagère sait qu'elle aura intérêt à être considérée une bonne cliente si elle veut que son épicier lui cède de la farine ou du beurre en échange de ses tickets. Même l'assiette servie dans les restaurants est rationnée par la Préfecture qui a institué d’autorité la règle "Un seul hors-d'œuvre, un seul plat garni, un seul dessert". On décrétera bientôt les jours sans viande.

Je trouve qu’une des forces de votre ouvrage est que précisément vous avez su, sans jouer à l’historien savant avec des notes en bas de page, intégrer tout ce savoir épars que nous avons sur ce conflit: le rationnement, l’occupation, et le rendre absolument quotidien et parfaitement compréhensible par des très jeunes qui n’auraient absolument pas vécu cela ; par des moins jeunes qui l’ont en mémoire transmis par une première génération ; et évidemment par nos plus anciens qui y trouveront beaucoup de souvenirs. 

JPA: On m’a suggéré que le livre pourrait être intégrer dans un programme scolaire sur la Shoah. À paris, à Rouen

JCB: Je pense qu’effectivement, oui, parce qu’il est moins traumatisant que des images telles que nous avons tous en mémoire. Je pense qu’effectivement cette approche un petit peu, comme l’avait été cette série a la télévision sur l’holocauste il y a 25 ans qui avait été très critiquée, et qui n’était peut-être pas absolument cacher sur le plan historique mais qui finalement donnait une idée de ce qui avait mené à l’horreur.

Je trouve que le Peigne en Écaille, dont on n’expliquera pas l’image très forte et très puissante dont le lecteur trouvera l’élucidation dans le livre…

JPA: C’est un fil conducteur. C’est l’espoir.

JCB: Effectivement, il en faut de l’espoir parce que dans le Peigne en  Écaille, ce magnifique livre qui vient de sortir aux éditions Archipel, vous y décrivez ce que nous devons appeler la mort programmée, parce qu’au départ c’est Beaune la Rolande, c'est-à-dire qu’au départ le père…

JPA: Il est raflé et envoyé au camp de Beaune la Rolande.

JCB: Vous décrivez très très bien ce camp de Beaune la Rolande, ces installations, la façon dont ces gens se trouvent là. Ensuite, le père va être envoyé à Drancy.

JPA: Et de là il disparaît. On ne sait pas ce qui lui est arrivé. Mais le petit garçon a l’occasion de visiter son père au camp de Beaune la Rolande en compagnie de sa mère, avant qu’il soit transféré à Drancy.

JCB: Et ce petit garçon qui porte sur tout ça un regard d’enfant, il a quel âge, au début ?

JPA: Il a 10-11 ans.

JCB: Ce petit garçon qui n’est pas encore un adolescent mais qui est très observateur essaye de décrypter le sens des événements. Et ce qui est très intéressant, c’est que vous avez inséré un journal de ce petit garçon à l’intérieur même du livre.

JPA: Son institutrice a suggéré un jour à sa classe que chacun des élèves devrait tenir un journal, et c’est une idée qui plait à Simon et de temps en temps il écrit dans son journal.

JCB: Il est très émouvant ce journal, parce qu’il est rédigé dans un style d’enfant, vous avez réussi cela, mais il progresse l’enfant. Au fur et à mesure qu’on lit le journal le style progresse. Vous avez fait là œuvre d’écrivain, vous avez réussi à ce que le style de cet enfant de 9-10 ans qui va devenir adolescent à la fin de la guerre et partir à l’étranger, que son style évolue. Il va d’ailleurs connaitre des aventures extraordinaires.

Après Beaune la Rolande, après que le père ait été transféré à Drancy, la mère s’arrange – et on en a connu des histoires comme ça – la mère s’arrange pour visiter le père. Et là on a, à la fois le sublime et l’horreur. C'est-à-dire qu’une infirmière du camp de Drancy offre de conduire la mère de Simon jusqu'à un fonctionnaire dans une petite baraque dans le camp et qui lui permettra de voir son mari. Elle paie l’infirmière pour ca. Et voilà:

On ira chercher votre mari, vous pourrez passer un moment avec lui

Ma mère est assise au café en face de la cité. Elle a prit le métro au petit matin jusqu'à la gare de l’Est et de là un train pour Drancy. Durant tout le voyage la peur ne l’a pas quittée.

Elle arrive à Drancy.

Maman achève de noter sur la feuille le nom de son mari. L’homme qui s’est levé lui tourne le dos ouvre un registre sur une seconde table.

  • - On vous a dit le tarif ? Demande t-il sans se retourner.
  •  
  • - Oui. Maman lui introduit dans la main les billets que retient un élastique. L’argent disparait aussitôt dans la poche de l’employé qui reprend sans quitter le registre des yeux.
  •  
  • - Il est arrivé quand ?
  •  
  • - Et bien entendu il finira, après avoir empoché l’argent, à montrer la liste d’un convoi où figure le père de Simon. Donc c’est vraiment là la partie sordide, effroyable, c’est la partie qu’on retrouvera dans le vol de l’appartement qui aura été pillé pendant l’absence de ses locataires, mais l’horreur ne s’arrête pas là parce que le reste de la famille va elle même être raflée.
  •  

JPA: La rafle du Vel d’Hiv.

JCB: Voilà. La rafle du Vel d’Hiv qui est hautement symbolique et qui reste dans toutes les mémoires de ceux qui l’ont vécu et ceux qui ne l’ont pas vécu. Ces autobus de la TCRP, tout cela vous le faites vivre. On va d’ailleurs retrouver plus tard les mêmes autobus. Et ca vous le montrez très bien. Vous montrez cette espèce de continuité dans l’organisation, dans votre style très simple, et ca c’est pire que tout. Je lis des extraits pour que les futures lecteurs parmi nos auditeurs se rendent compte combien vous avez réussi à ne pas faire de lyrisme mais à garder une sobriété extrême bien plus puissante que de la rhétorique. Finalement, tous vont se retrouver à Beaune la Rolande. 

JPA: Oui, le petit Simon, sa mère et sa sœur se retrouvent à Beaune la Rolande. Et là ils apprennent un jour que les parents vont être séparés des enfants. Et ce sont des scènes terribles, déchirantes. Et séparé de sa mère, Simon se retrouve avec des enfants, des bébés, des jeunes, des moins jeunes.

JCB: Et il va s’évader.

JPA: Il rencontre un copain et tous les deux s’évadent.

JCB: Et ce qu’il faut dire rapidement, parce qu’il faut laisser au lecteur le choc de cette scène, c’est qu’ils vont trouver de l’argent d’une façon qu’il faut que vous découvriez dans ce livre. C’est une histoire vraie, ça se passe aux latrines. Je n’irai pas plus loin, et c’est effroyable.

JPA: Il faut bien dire que tout est vrai dans ce livre. Je n’ai rien inventé. Je n’ai fait que glaner parmi toutes les expériences horribles de ces gens qui venaient dans nos groupes, pour la première, fois parler de l’horreur qu’ils ont vécu. J’ai gardé en mémoire ces témoignages et je les ai reproduis dans ce livre.

JCB: Et vous les avez reproduis avec beaucoup de mesure parce qu’on va voir par ce voyage vers la zone libre, par les diverses étapes, en particulier à Nice et à Villefranche-de-Rouergue. On va s’apercevoir qu’il y aura le sublime parce qu’un gendarme, un brigadier va laisser filer le petit Simon et son ami David Berlinsky en leur disant:

Je ne veux pas vous voir demain !

Alors qu’en principe ils étaient pris. Ca c’est le côté formidable, le côté humain.

JPA: C’est une histoire vraie.

JCB: C’est une histoire vraie aussi!

JPA: Oui, oui.

JCB: Ça c’est formidable parce que là on rejoint cette vieille idée des justes. C'est-à-dire que même dans l’horreur, dans la lâcheté de ceux qui viennent frapper, démolir, il y a aussi ce gendarme extraordinaire.

JPA: Malheureusement, ces justes sont des cas isolés, qui pointent du doigt ce qui aurait pu être.

JCB: Absolument.

JPA: Quand on pense qu’un seul village protestant…

JCB: Le Chambon sur Lignon,

JPA: Le Chambon sur Lignon, voilà, a sauvé 5000 juifs ! Il y a combien de villages en France ?

JCB: C’est vrai, mais j’allais dire comme le marchandage d’Abraham: S’il y a 10 justes dans la ville je sauverai la ville, disons qu’effectivement il y a eu quelques justes. Toujours dans votre histoire, disons qu’il y a toujours plus malheureux que soi, Simon et sa famille vont sauver un jeune Croate musulman qui meurt de faim.

JPA: Encore une histoire vraie,

JCB: Encore une histoire vraie ! Il va y avoir une Bar Mitzva clandestine qui est un des passages les plus extraordinaires de ce livre, parce que vous montrez que malgré tout, même si on se cache, on trouve quand même à apprendre un petit peu de Thora, un petit peu d’Hébreu et la Paracha est dite, et il y a un passage en Ladino qui est magnifique.

Pour nos auditeurs qui sont touchés par cette langue - j’avoue que je ne parle que l’espagnol - c’est un passage absolument bouleversant où le petit Simon parle à ses parents:

-- Benditcho l’Dio, el qué mé décho acomplir mi Tefilim ; y yo régrassio, a mis kéridos parientes, y saludo a mi hermana que no podian ser aqui este dia. Tambien yo régrassio al professor Singer, al haham Meyer, a los de mi familia aqui, y a todos qué mé embésaron la ley dé Moshé.

On n’a pas besoin de parler espagnol pour comprendre ce magnifique passage que dit ce petit garçon qui finalement arrive à parler la langue de ses parents.

Evidemment, il y a la tragédie du Lutétia, il y a cette attente terrible que vous décrivez. Et le petit Simon, il va espérer, il va croire, il va regarder ces gens avec des photos, des numéros de téléphone, vous décrivez extraordinairement ces larmes, ce désespoir, y compris comment cela se passe. Je n’avais jamais lu quelque chose comme ça.

On ne va pas donner le dénouement, mais Simon va se retrouver à Londres, il va connaitre un amour très difficile et très intéressant.

Alors, arrivé au terme de cette odyssée, j’ai une question, cher Jean-Pierre Angel: Simon c’est vous, ce n’est pas vous, c’est un peu de vous ?

JPA: Je suis très présent dans ce livre, mais mon histoire n’est que la trame sur laquelle reposent tous les témoignages.

JCB: Et aujourd’hui, cette trame, vous avez envie de la faire connaitre dans les écoles

JPA: Oui, dans les écoles et partout. J’ai beaucoup pensé aux jeunes, en écrivant ce livre. L’idée toujours présente dans mon esprit était que ce sont des faits que les jeunes doivent connaitre.

JCB: Je crois que vous avez raison et je pense que ce livre est une excellente introduction à ce qui nous est arrivé.

Je ne veux pas être indiscret mais vous vous êtes intéressé à d’autres domaines que ce livre, n’est-ce-pas ?

JPA: Oui, j’ai fait toute une carrière, j’ai vécu en Amérique 50 ans.

JCB: Vous êtes donc un français d’Amérique.

JPA: C’est exacte. J’ai un regard différent de celui du Juif français.

JCB: Et c’est peut-être ça qui fait toute la singularité du Peigne en Écaille, ce roman d’histoire signé par Jean-Pierre Angel

JPA: Je voudrais dire une dernière chose. Le livre a un site web: jeanpierreangel.com

JCB: Allez-y, chers auditeurs, vous qui avez l’habitude de l’internet. C’est un site épatant. Et ce que je veux dire c’est que cette aventure la plus tragique avec tout ce qui survit, c'est-à-dire un sens de la vie, une soiffe de conjurer par l’action et l’écriture. Ils vous donneront du cœur, de l’espoir et de l’énergie, vous les trouverez dans ce livre de Jean-Pierre Angel Le peigne en Ecaille, paru à l’Archipel avec une préface de Joseph Joffo.

Bonne lecture, et à la semaine prochaine!