Biographie
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Je me suis toujours senti coupable d’avoir échappé aux nazis. De m’en être si bien sorti. En conséquence, j’ai toujours ressenti le devoir de mémoire comme une obligation morale toute personnelle. J’ai retourné ce roman dans sa tête pendant plus de trente ans. Bien que s’appuyant sur certains éléments de ma propre expérience, cet ouvrage de fiction est en majorité basé sur des témoignages authentiques recueillis par mes soins au cours d’années de recherche.
Je suis né à Paris en 1938. Mes parents étaient juifs immigrés de Turquie. Mon père, ma mère, mes deux sœurs et moi-même avons subi les cinq années de guerre ensemble, cachés dans divers endroits avant de nous terrer jusqu'à la libération à Villefranche de Rouergue. Né juste avant la guerre, j’ai grandi en ressentant un persistant malaise. Mes parents avaient toujours peur. Ils avaient toujours quelque chose à cacher. Et puis, ils parlaient entre eux une langue étrange, le Ladino. J’ai vraiment appris que j’étais juif à la libération, lorsque mon père qui nous déposait en pension avant de regagner Paris avec ma mère m’a pris à part et m’a dit : Surtout, ne dis à personne que tu es juif !
La guerre enfin finie il fallut encore se protéger de l’antisémitisme. Toute ma vie, j’ai vu mon père aller à la synagogue avec son châle de prière enveloppé dans un journal pour que l’on ne puisse reconnaître ce qu’il portait sous le bras.
Je ne me suis jamais bien entendu avec mon père, un homme exigeant, coléreux et parfois violent. Il est le model de l’oncle de Simon. À l’adolescence, ma mère pensa préférable de m’éloigner de lui. C’est ainsi que je partis faire des études en Amérique où je demeurais après l’obtention de diplômes à l’université de New York. J’ai fait carrière dans la publicité, la finance et l’informatique.
J’ai épousé à New York une femme juive française qui a passé les années de guerre cachée dans des circonstances similaires à celles de ma famille. Nous avons eu deux fils. Après notre divorce, je me suis remarié avec la fille de survivants polonais qui avaient passé par les camps de la mort. Nous avons eu un fils. Ce marriage aussi a fini en divorce.
Le souvenir de la guerre n’a jamais été loin de moi. Il me fallut pourtant de nombreuses années avant que je reconnaisse que j’étais moi-même un survivant de la Shoah. Je me joignis, en 1985, à un groupe de huit survivants qui se rencontraient régulièrement pour échanger leurs souvenirs et expériences de la Shoah. Nous nous rendîmes vite compte que des groupes similaires au notre se formaient dans plusieurs villes des États-Unis. Je fus un des dix huit participants qui décidèrent de joindre ces groupes en une association ; la Fédération des Enfants Juifs Survivants, [World Federation of Jewish Child Survivors of the Holocaust], et de nous réunir tous les ans. C’est aujourd’hui une organisation mondiale qui réunit les survivants de la Shoah qui éprouvent le besoin d’échanger leurs expériences d’enfants cachés. C’est ainsi qu’en août 2006 plus de six cent survivants de la Shoah, venus de divers pays et de tous les coins des États-Unis, se sont réunis à Détroit. En 2007, ce fut à Jérusalem. De nouveaux membres continuent de se joindre régulièrement à nos groupes. La plupart des nouveaux arrivants parlent de leur expérience pour la première fois et ne se sentent capable d’en parler qu’en présence de ceux qui ont subi une expérience analogue. Mon expérience personnelle paraît dérisoire en comparaison des horreurs que ces gens rapportent avoir survécu.
Jean-Pierre Angel
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